L’Afrique est en bonne santé. Il serait malvenu cependant de dire que tous les maux du continent se sont évaporés. Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique est encore bien souvent synonyme de mort, d’épidémies, de mortalité infantile, d’espérance de vie très faible. Quelles en sont les raisons et quels sont les moyens pour les combattre ? Aujourd’hui, de nombreux programmes de développement sont mis en place et des signes d’amélioration, d’un bout à l’autre du continent apparaissent. 

Après l’indépendance de la majorité des pays africains, la santé, avec l’éducation, faisait partie des priorités des gouvernements postcoloniaux. Ces secteurs ont d’ailleurs connu des périodes fastes jusque dans les années 70, avec de gros investissements dans la formation du personnel de santé notamment. Durant ces périodes, de nombreuses questions concernant l’équité et l’accès aux soins étaient posées. Au fil des années, les priorités ont changé, et peu d’améliorations ont été visibles, exception faite des années 2000.
C’est devenu aujourd’hui un des grands défis auquel doit faire face le continent : l’équité de l’accès au service de santé. 

En 2008, des statistiques attestant de cette bonne santé, il en existe beaucoup. Parmi elles, le taux de mortalité infantile est tombé de 145 pour 1000 en 1970 à 86 pour 1000 en 2008. Le taux de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans a également baissé de 17 entre 1990 et 2003. 

Le SIDA, le paludisme, la lèpre ou encore la tuberculose, sont autant de maladies où l’Afrique arrive en tête du nombre de victimes. La difficulté d’accès aux soins, la vétusté des installations et le prix des médicaments sont des facteurs majeurs de cette situation. Mais l’un des véritables problèmes, il est d’ordre humain. Comme dans une majorité de professions, le secteur médical souffre de l’exode de ses meilleurs éléments.
De nombreux pays, conscients de cette réalité ont décidé de mettre en place des programmes intelligents pour parer à cette désertification des médecins.
On dit au Malawi, qu’il y a plus de médecins malawites dans la ville de Manchester en Angleterre que dans tout le pays. Le Malawi a donc lancé une campagne de séduction pour retenir ces professionnels si importants. Augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail, autorisation d’exercer dans le secteur privé tout en travaillant dans le public, etc. Le succès de ces mesures n’a pour l’instant pas donné entière satisfaction. De toute façon, il est impensable d’imaginer l’interdiction de la migration vers le Royaume-Uni, pratique traditionnelle du pays. C’est donc du côté britannique que peut venir une solution. Tout en tentant de conserver leurs intérêts mutuels, les gouvernements ont instauré des échanges bilatéraux de spécialistes.
Le Malawi a récemment obtenu du Royaume-Uni, une aide de 176 millions de dollars pour la période 2007-2011. Une manne financière qui doit permettre notamment d’augmenter les salaires en début de carrière et à rémunérer les infirmières et autres médecins venus d’autres pays, le temps pour le Malawi de former de nouveaux personnels. 

C’est aussi dans les relations Sud-Sud que des solutions existent. Des partenariats ont été signés dernièrement entre l’Egypte et le Nigéria et entre la Tunisie et l’Afrique du Sud. L’Etat de Bauchi au Nigeria vient d’annoncer son intention de recruter une trentaine de médecins égyptiens pour répondre au fort besoin de personnel médical qualifié. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Fonds égyptien pour la coopération technologique avec l’Afrique. Le gouvernement de l’Etat ne se chargera que des frais de fonctionnement, de logement et de transport des médecins, tandis que leurs salaires seront payés par leur propre gouvernement. 

La délégation de médecins égyptiens, au nombre d’une trentaine, comprendra des spécialistes de la chirurgie générale, des gynécologues ou encore des pédiatres.
Ils viendront exercer au Nigeria pendant une période allant de deux à trois ans. L’Egypte est un des seuls pays africains à disposer de davantage de médecins que le pays en ait besoin, d’où cette possibilité d’en expatrier un certain nombre. Leur qualification doit également permettre de former du personnel médical nigérian sur place. 

L’accord entre la Tunisie et l’Afrique du Sud est encore plus probant. Il doit permettre à quelque 200 médecins tunisiens de s’expatrier. Des généralistes, des spécialistes, des infirmiers et des formateurs d’infirmiers venus de Tunisie on ainsi commencé à exercer en Afrique du Sud. L’accord entre les deux pays prévoit aussi la mise en place d’un réseau d’échanges entre leurs facultés de médecine et autres instituts de recherche, entre hôpitaux et écoles de formation de personnel soignant et paramédical. Le dispositif se double donc d’une coopération universitaire et ouvre même des possibilités de partenariat entre les industries pharmaceutiques.

 

S’il est une maladie que l’on associe systématiquement à l’Afrique, c’est le SIDA. Il faut dire que les chiffres, pour une maladie qui a à peine trente ans sont catastrophiques. La difficulté d’accès aux soins et leur coût, ont souvent contribué à l’ignorance des malades. Près de 90% de la population séropositive ignore porter le virus. Mais une fois encore, des progrès considérables ont vu le jour. L’Ouganda, considéré en Afrique comme un modèle dans la lutte contre le VIH, est parvenu ces dernières années à traiter près de la moitié de ses patients séropositifs avec des antirétroviraux.
Ces traitements,
désormais disponibles à une plus grande échelle, devraient encourager davantage de personnes à demander un dépistage. Une avancée considérable sur le continent[1]. Ce résultat, encore inimaginable il y a quelques temps, on le doit à un programme gouvernemental de formation des infirmières. Victime comme ses voisins de la migration dont il était question précédemment, l’Ouganda a misé sur ses infirmières pour qu’elles accomplissent à la place des médecins, des actes réservés jusqu’alors à ces derniers. 

Toujours dans l’optique de pallier ce manque d’effectif, d’autres pays comme le Botswana ont investi dans des programmes de soins communautaires à domicile. L’idée est simple mais terriblement efficace. Des professionnels de la santé se déplacent dans les familles de malades et y dispensent des formations basiques dans lesquelles ils enseignent comment soigner leur parent malade, ou encore comment éviter la transmission du virus. En plus de cette formation, ces familles reçoivent chaque mois des fournitures médicales de base ainsi que des vivres. C’est seulement en cas de problème ou d’aggravation de la maladie que la famille doit se rendre dans le centre de santé dont elle dépend. 

Des progrès, il en existe concernant toutes les maladies en Afrique. Au palmarès de ces succès africains relevés par l’OMS, figurent la lèpre et la poliomyélite qui sont en passe d’être éradiquées. Des maladies de l’enfant, comme la rougeole ont vu leur nombre de décès diminué de plus de 50% depuis dix ans. Dans trente-sept pays, le taux de vaccination contre cette maladie dépasse souvent les 60%. La prise en charge de la femme enceinte, souvent délaissée, a été mise en avant. 70% des femmes d’Afrique sub-saharienne bénéficient au moins d’une consultation prénatale, phase essentielle de la préparation à l’accouchement, mais aussi dans le dépistage de maladies contagieuse de la mère à l’enfant. 

Le paludisme, ou malaria est un autre fléau de l’Afrique. La maladie du moustique tue chaque année 800.000 enfants âgés de moins de cinq ans. Une fois encore, l‘UNICEF fait état de progrès considérables dans la lutte contre cette dernière. La Directrice générale de l’UNICEF, Ann Veneman a rappelé dernièrement que « maîtriser le paludisme est indispensable dans les efforts pour améliorer la santé de l’enfant et faciliter le développement économique des pays touchés ».
Trois raisons principales ont contribué aux progrès enregistrés. L’utilisation croissante de moustiquaires imprégnées d’insecticides est l’une d’elles.
Leur production annuelle est passée de 30 à 63 millions entre 2004 et 2006. En effet, 16 des 20 pays de l’Afrique subsaharienne disposant de données dans ce domaine ont triplé l’utilisation de ces moustiquaires depuis 2000. A présent, la moitié des enfants de Gambie en disposent, de même que 40% des enfants de Sao Tomé et Principe, de Guinée-Bissau et du Togo. Des statistiques pour le moins encourageantes et qui laissent pressentir des résultats encore plus spectaculaires dans les prochaines années. Si le vieil adage, « mieux vaut prévenir que guérir » continue de prévaloir, il convient néanmoins d’intensifier les efforts en ce qui concerne le traitement des personnes déjà affectées par la maladie.
La polythérapie à base d’artémésinine, une méthode réputée plus efficace a été adoptée par une majorité d’autorités médicales des pays de la région et les résultats ont semblé confirmer son efficacité.
De son côté, la communauté internationale a multiplié par dix l’aide financière qu’elle fournit à la région.
Une dynamique qu’ont suivie les pays concernés, en consacrant des budgets toujours plus importants au financement des programmes de lutte contre ce fléau. 


Des signes tangibles d’amélioration de la santé en Afrique, en voici d’autres pêle-mêle. 


Au Mali, des systèmes de partage des coûts communautaires ont permis de doter plus de la moitié des centres de santé communautaires du pays de personnels qualifiés capables d’accoucher et de pratiquer des césariennes d’urgence, offrant ainsi des soins obstétricaux à des milliers de femmes qui n’avaient pas auparavant les moyens d’y avoir accès. 

Autre initiative, en Afrique du Sud, où un « train de la santé » transporte régulièrement des jeunes médecins et des étudiants en dernière année de médecine vers des zones rurales isolées qui n’auraient sans cela aucun accès à des services médicaux de base. A ce jour, ils ont apporté des soins de santé à 500.000 personnes et procédé à un dépistage et à des activités d’éducation dont 800.000 autres ont pu bénéficier. 

Autre cause majeure du nombre de décès en Afrique, les accidents de la route. En plus des infrastructures d’un autre âge dans biens des régions, il convient d’ajouter l’inconscience de certains automobilistes. Au Rwanda, une campagne de sécurité routière menée par la police et prévoyant notamment l’émission d’amendes pour la conduite sans casque ou sans ceinture de sécurité, a entraîné une diminution de près d’un quart du nombre des décès dus aux accidents de la route en une seule année. 

Et puis, il y a les fameux « murs éducatifs »[2]. Aux quatre coins du continent, souvent à proximité des hôpitaux, mais pas seulement, de longs murs sont habillés de dessins colorés, un peu enfantins, et informent les passants de ce qu’il convient de faire pour éviter les maladies ou les guérir. Ainsi, concernant le SIDA, il est rappelé l’utilisation obligatoire du préservatif. L’abstinence est également conseillée. Mais c’est surtout un moyen de sensibiliser les plus réfractaires aux hôpitaux de venir les fréquenter car bien souvent, sans qu’ils le sachent, des solutions existent pour les guérir. Ces campagnes de communication sont essentielles dans l’optique d’une amélioration significative de la santé en Afrique. Axées sur l’image, du fait d’une population souvent analphabète, et un temps volontairement choquantes et agressives, ces campagnes ont laissé place à d’autres plus ciblées sur la prévention avec des slogans tels que « La femme donne la vie, protégeons-la du sida », ou encore « Dépistons-nous pour une existence meilleure ». 


Alors oui, l’Afrique se soigne mieux. Oui, l’Afrique fait son maximum pour quitter la dernière place des indices de santé à laquelle elle est vissée depuis des lustres.
Reste que le paludisme, le SIDA ou encore la tuberculose continue de décimer une population malgré des politiques publiques plus offensives. Jusqu’à présent épargnée par ce qu’il convient de nommer maladies occidentales commet peuvent l’être le cancer, le diabète, l’accident vasculaire cérébral ou les cardiopathies, il n’en est plus rien aujourd’hui, le nombre de leurs victimes augmentant chaque année.
Le Dr Luis Gomes Sambo, directeur du bureau régional de l’Afrique de l’OMS, exhorte les gouvernements africains et leurs partenaires «à mieux coordonner la prestation des soins et à faire en sorte que les fonds soient utilisés de façon responsable au profit des Africains». Une manière peut-être de laisser penser qu’ils ne le seraient pas systématiquement à ce jour.


[1] Plus de 800 000 Africains reçoivent maintenant un traitement efficace contre le virus alors qu’ils étaient huit fois moins en décembre 2003 

[2] voir en fin de chapitre 

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