Un continent très courtisé.

Klondike, Yukon, Gold Hill. Tous ces noms nous replongent indubitablement vers les classiques des westerns américains. La ruée vers l’or a ouvert les yeux des hommes sur la richesse du sol qu’ils foulent. Au courant du XXème siècle, ces lieux mythiques ont été progressivement remplacés par Johannesburg, Bonte au Ghana ou encore Morila au Mali. Les colons européens ont vite pris la mesure de l’extraordinaire diversité du sous-sol africain. Mais réduire l’Afrique à ses seules mines d’or serait un grave manquement ca le continent dispose d’un peu près tous les minerais existants sur
la planète. De la bauxite au diamant en passant par l’uranium, le cuivre, l’argent et le pétrole. 

L’Angola,
la Guinée Conakry, le Gabon, la République démocratique du Congo, le Nigeria et l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Cameroun sont probablement les pays les mieux dotés du continent. 

Les ressources sont exploitées majoritairement par des grandes multinationales souvent occidentales. Elles sont régulièrement dénoncées comme contribuant à la paupérisation des populations autochtones. Et pourtant la donne est en train de s’inverser. De plus en plus de pays ont désormais des moyens de pression jusqu’alors ignorés et inutilisés. Car en plus de tous ces minerais, l’Afrique regorge de pétrole. L’or noir qui n’en finit plus de faire tourner la planète est produit notamment en Algérie, en Libye, en Angola, au Nigéria et au Soudan. Avec 120.000 employés et un chiffre d’affaires de 61,2 milliards de dollars en 2008, l’entreprise africaine la plus puissante est aujourd’hui une entreprise du secteur pétrolier, la Sonatrach[1], en Algérie. 

Le potentiel considérable de l’Afrique en matière d’hydrocarbure est encore relativement sous-exploité. Si quelques pays ont franchi le pic pétrolier, le continent dans son ensemble a augmenté de plus de 30% sa production entre 1994 et 2004. C’est également la partie du monde où le plus de succès d’exploration ont été enregistrés ces dernières années, et la seule où plusieurs pays producteurs significatifs entièrement nouveaux sont apparus sur la scène ces dernières années. L’histoire du pétrole et de l’Afrique n’a pas toujours été simple. En Côte d’Ivoire, le président Houphouët-Boigny voyait d’un assez mauvais œil l’exploitation de son secteur minier l’imaginant source de conflits perpétuels. Vingt ans plus tard, les exportations pétrolières sont devenues la première ressource financière du pays. 

Les défis énergétiques qui s’offrent à la planète ces prochaines décennies ont incité les entreprises européennes à renforcer leurs effectifs et leurs moyens en Afrique. Autre peuple à s’intéresser vivement aux richesses du continent, les Chinois. Comme dans une grande majorité de secteurs, les sujets de l’Empire du Milieu s’imposent comme étant des acteurs majeurs de l’économie énergétique continentale. 

Au Niger, où les américains d’Exxonmobil et les malaisiens de Petronas ont refusé d’exploiter le gisement d’Agadem, les Chinois ont moins fait la fine bouche. La CNODC[2] a misé 4 milliards de dollars pour produire, installer un pipeline, et construire une raffinerie d’une capacité de 20.000 barils par jour alors que les besoins du marché nigérien ne dépasse pas les 7.000 barils. Le porte-parole du gouvernement,
Mohamed Ben Omar, explique le choix de la société chinoise par le fait qu’elle a été la seule à accepter la construction de cette raffinerie. « C’était pour nous une question de souveraineté énergétique car nous ne voulions pas rééditer les erreurs de certains pays du continent : produire le brut et importer les produits raffinés. » 

Si les Shell, Esso, BP ou Total sont omniprésents en Afrique, il est un autre signe qui démontre la vitalité du marché. De plus en plus de « petites » entreprises tentent leur chance sur ce juteux marché des énergies. Surnommées « minimajors », par opposition aux majors plus anciennes et plus puissantes, elles misent toutes sur la flambée de cours du baril, la volonté des gouvernements de multiplier leurs partenaires et l’intensification des recherches dans de nombreux pays africains pour s’implanter sur le continent. L’exemple de
la société Afren est intéressant. Créée en 2004 par le Dr Lukman, aujourd’hui conseiller du président nigérian Yar’Adua, après avoir été ministre du pétrole et secrétaire général de l’OPEP, Afren est désormais présente sur 17 gisements dans six pays. Elle affiche l’ambition d’être la première société pétrolière indépendante 100% africaine. 

Ces minimajors se spécialisent dans la relance de gisements que leurs grandes sœurs ont abandonnées, ou dans l’exploration et la production de pétrole sur des champs marginaux en encore vierges, comme en Guinée-Bissau, en RDC, en Tanzanie, en Namibie ou en Mozambique. A vingt dollars le baril, de tels gisements n’auraient jamais été rentables. A plus de 100 dollars, certains peuvent rapporter le gros lot. D’autant plus que les droits de licence sont moins élevés dans les régions encore peu explorées. La plupart de experts prédisant que le baril atteindra un jour 300 dollars, l’Afrique va donc continuer d’intéresser les pétroliers. Majors comme Minis. 

Le grand défi du continent, s’il en est un, il est électrique. Entre les coupures intempestives, les pannes et les baisses de tensions, c’est tout un réseau qu’il faut reconstruire voire construire. Sur les quarante-huit pays d’Afrique subsaharienne, ils ne sont pas moins de trente à avoir connu ces dernières années de graves crises d’énergie. Même l’Afrique du Sud a récemment été touchée par cette épidémie. Si seulement 20% des ménages sont couverts par le réseau électrique, il existe un nombre important de solutions alternatives. 

A l’heure où la réduction de l’effet de serre, d’émission de CO2, de flambées des prix et de la rareté annoncée du pétrole font les gros titres des journaux, l’uranium devient le minerai de ce début de millénaire. En Afrique, on en extrait surtout au Niger et en Namibie. Troisième producteur mondial d’uranium après le Canada et l’Australie, le Niger fait figure de pays stratégique. Implantée depuis les années 1970, la société française Areva exploite le gisement d’Arlit via deux filiales, Cominak et Somaïr, dont l’État nigérien est aussi actionnaire. En 2006, la production a été de 2 260 tonnes sur une production mondiale avoisinant les 40 000 tonnes. Areva compte par ailleurs investir 1 milliard d’euros sur un nouveau site dans le nord du pays, Imouraren, dont les réserves sont estimées à 80 000 tonnes. 
Depuis quelques années, l’uranium a flambé. De moins de 10 dollars la livre en 2002, il a atteint 135 dollars cette année. Ce prix très élevé ne concerne que 10 % du marché, le reste est vendu à moyen terme et n’atteint pas ces sommets. Il n’empêche, cette fièvre sur le yellow cake a de quoi aiguiser les appétits alors que la demande globale d’uranium est estimée à 66 000 tonnes. La concurrence arrive donc en force au Niger et le gouvernement a délivré de nombreux permis d’exploration à des firmes canadiennes et surtout chinoises. En 2006,
la China Nuclear Engineering and Construction Corporation a notamment décroché le site de TeguidanTessoumt, dans le nord du Niger. Avec des réserves estimées à 12 764 tonnes, l’exploitation doit débuter en 2010.Areva, leader mondial de l’énergie nucléaire a annoncé vouloir faire de l’Afrique le cœur de leur activité. 

Actuellement sur le continent, seule l’Afrique du Sud possède deux centrales nucléaires, mais les perspective à moyen terme sont encourageantes. La Namibie négocie avec la Russie, tout comme le Maroc, qui pourrait devenir le premier pays d’Afrique du Nord à construire une centrale. L’Egypte compte sur une centrale opérationnelle d’ici à 2015 à Dabaa ainsi que trois autres d’ici à 2020. 

L’utilisation d’énergies renouvelables telles que le solaire ou l’éolien pourrait également bénéficier à un continent qui possède toutes les ressources naturelles nécessaires à leur mise en place. Aujourd’hui, si seulement 2% de l’énergie produite proviennent de ces sources, il y a fort à parier que ce pourcentage devrait augmenter très rapidement. Les 900 millions d’euros dégagés pour la construction prochaine de trois barrages hydroélectriques dans le bassin du Niger prouvent que ces solutions ont de l’avenir. 

Replongeons-nous dans les mines africaines et découvrons la manière dont été perçues ces dernières en Europe il y a un demi-siècle. 

« Il n’est plus possible que des matières premières continuent à dormir, sous prétexte que leur exploitation bouleverserait le mode de vie de ceux qui ont la chance de vivre où elles se trouvent. Si des peuples, demeurés arriérés, ne peuvent ou ne veulent s’occuper de leur mise en valeur, d’autres peuples plus entreprenants viendront le faire à leur place de gré ou de force. » Ainsi parlait, en 1951, un ouvrage consacré aux ressources minières de la France et de ses colonies. 

En 2008, à coups de fusions et d’acquisitions, les cinq plus grands groupes aurifères du monde se développent dans plusieurs pays d’Afrique. Le n°1 mondial, l’Américain New-MontMining, et les Sud-Africains Goldfields et Anglo-Gold se partagent l’essentiel de la production du Ghana. Fin 2004, l’or jaune est à ses plus hauts niveaux depuis seize ans[3], avec la dépréciation du dollar il joue son rôle de valeur refuge. L’exploration minière est relancée : 16 % est consacrée à l’Afrique où se trouvent la majeure partie des nouvelles réserves décelées, estimées à 67 millions d’onces. 

Six nouvelles mines sont entrées en exploitation depuis 1997, deux au Mali, trois en Tanzanie et une en Afrique du Sud, du fait de l’aspect libéral de ses codes miniers. En 2001, le Mali est ainsi devenu le troisième producteur africain, derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. Les 136 mines d’or que compte le continent sont exploitées par 47 compagnies, dont une minorité est contrôlée par des investisseurs locaux. Au Ghana, des joint-venture existent entre privés étrangers et nationaux. Au Mali, l’Etat détient une participation au capital des mines. Dans les deux cas, l’Etat recouvre plus de 30 % du chiffre d’affaires des sociétés minières (taxes, impôts et royalties). 

Sur le papier, l’Afrique dispose donc de tous les moyens pour réussir. Le continent a sans aucun doute le sous-sol le plus riche et diversifié de
la planète. Longtemps pillés, les pays concernés n’ont pas toujours ressenti les incroyables effets que pouvaient produire leurs richesses. La mentalité des dirigeants semblent avoir évoluer dans un sens où la population prendrait enfin le dessus et ne serait plus reléguée au simple titre de main-d’œuvre bon marché. En 2008, quel impact ces richesses et son exploitation peuvent-elles avoir sur la société et la population ? Et surtout quel impact positif ? 

La flambée des cours a conduit les gouvernements à réclamer aux groupes miniers une plus juste rétribution de leurs richesses. Mais c’est bien la question sociale qui est évidemment au centre de tous les débats. Les conditions de travail inhumaines et les salaires au rabais ont longtemps été stigmatisés dans le secteur minier notamment. Une telle question nécessite une prise de conscience et une mobilisation de tous les acteurs impliqués. 

Ainsi la sécurité, la santé et l’environnement doivent être davantage pris en considération. Les entreprises qui exploitent les ressources africaines consentent de plus en plus souvent à offrir des avantages sociaux se matérialisant essentiellement sous forme de services rendus à son personnel. Les employés peuvent ainsi bénéficier de la gratuité des soins de santé et de l’éducation des enfants. En plus, ils peuvent recevoir gratuitement le service de distribution d’eau, d’électricité ainsi que la ration alimentaire. 

Actuellement avec les reformes de politique minière qui se développent aux quatre coins du continent,  l’exploitation industrielle contribue souvent au développement social par la création d’emplois décents, la réalisation de projets sociaux en faveur des communautés avoisinantes comme la construction ou la réhabilitation d’écoles et centre de santé. Régulièrement, les infrastructures de base se voient réhabilitées, des routes et des ponts sont construits. 

L’exemple de la Guinée et le parfait témoin des dilemmes qui hantent les gouvernances en place.La Guinée est surnommée avec humour « scandale géologique »tant son sous-sol regorge de ressources.Cependant, force est de constater l’inadéquation entre les fortes potentialités et la situation économique générale du pays. C’est pour pallier à ce constat que l’État avec l’appui de ses partenaires au développement a décidé de faire du secteur minier un moteur de la croissance économique et de réduction de la pauvreté.L’économie de la Guinée est largement tributaire du secteur agricole et du secteur minier.[4] 

La Guinée détient près de la moitié des ressources de bauxite mondialesavec quelques 12 milliards de tonnes. Elle a exporté 14 millions de tonnes en 2003 et dispose d’une raffinerie d’alumine.[5] 

Le pays attire actuellement beaucoup d’entreprises minières de tailles différentes et intéressées par cette ressource. Trois accords ont été signés et d’autres sont en négociation.Le secteur minier  contribue pour plus de dix mille emplois permanents et pour beaucoup d’emplois induits. Depuis 1987 le secteur minier a contribué pour plus de 20 millions de dollars au développement communautaire en Guinée. Les contributions minières ont permis d’améliorer les infrastructures sanitaires et éducatives, ainsi que de stimuler l’économie rurale entre autres. 

  

Les mines sont aussi la source principale des investissements étrangers directs en Guinée. De 1995  à 2004 les investissements réalisés par les entreprises minières en exploitation se sont élevés à environ 738 millions de dollars. Pour la même période 120 millions de dollars ont été injectés dans l’exploration. Les accords miniers signés récemment vont fortement augmenter la valeur des investissements étrangers directs en Guinée. Deux accords signés pour les usines d’alumine à eux seuls, s’ils sont réalisés, représenteront quatre milliards de dollars en investissement dans un futur proche. 

  

Les partenaires au développement ont accompagné les efforts du pays soit en investissant directement ou en jouant un rôle catalytique. La Banque mondiale a contribué au développement de l’industrie minière moderne en favorisant la réalisation des infrastructures de la Compagnie des Bauxites de Guinée à travers des prêts s’élevant à environ 74 millions de dollars.  

  

Cependant malgré ce que le secteur minier représente pour la Guinée, sa contribution est restée en deçà de ce qu’elle aurait pu être s’il avait bénéficié d’un meilleur climat des affaires et d’une meilleure gouvernance. Le secteur aurait aussi pu jouer un rôle catalytique important pour le développement des infrastructures et d’autres secteurs économiques. Il aurait pu davantage contribuer au développement communautaire et à l’amélioration du cadre de vie d’un nombre plus important de guinéens. Bref le secteur aurait pu être un moteur de croissance et de réduction de la pauvreté.Pour ce faire le pays a besoin d’un cadre juridique moderne basé sur la transparence et la bonne gouvernance dans le secteur avec une redistribution appropriée des revenus, une maximisation de l’impact économique des mines et une capitalisation des opportunités présentés par le secteur pour ajouter plus de valeur. Il a aussi besoin d’un meilleur cadre de développement communautaire et de gestion des questions sociales et environnementales sectorielles. Une redistribution efficace des revenus miniers permettra un meilleur impact des mines pour les communautés et la disponibilité de ressources pour renforcer la décentralisation. 

Le Département des Mines est conscient des enjeux du secteur et est entrain de réfléchir sur un programme pour rendre le pays plus attractif aux investissements miniers et pour maximiser  les retombées positives. Un dialogue existe déjà entre la Banque mondiale, d’autres bailleurs de fonds et le Gouvernement de la Guinée pour appuyer les réformes du secteur afin de définir et d’appliquer une démarche plus cohérente vers un développement durable de ce secteur minier. Les axes de ce dialogue portent sur la gouvernance et la transparence, le renforcement des capacités, un développement intégré des infrastructures et la maximisation des impacts socio-économiques du secteur pour la Guinée. 

 

 

Consciente de son incroyable potentiel, l’Afrique décide enfin de redistribuer les rôles et de s’en choisir un de plus grande envergure. Le temps des pillages semble révolu et si les gouvernances n’ont pas toujours été irréprochables ces dernières décennies, il semblerait que les actuelles aient décidé de jouer le jeu de
la transparence. Une transparence qui sera certainement la clé du développement de l’ensemble du secteur minier et énergétique en Afrique. C’est à ce prix, et à ce prix seul que la population pourra enfin jouir de l’extraordinaire richesse qui se trouve sous ses pieds. 

 




[1] Société Nationale pour la Recherche, la Production, le Transport, la Transformation, et la Commercialisation des Hydrocarbures. Elle est le 12e groupe pétrolier au niveau mondial, 2e exportateur de GNL et de GPL et 3e exportateur de gaz naturel.

[2]
China National Oil and Gas Development and Exploration Corporation. 

[3] 440 $ l’once

[4] Le secteur minier représente 85% des exportations soit 625 millions de dollars en 2003 et 17% des taxes perçues par l’Etat, soit 171 millions de dollars en 2004. 

[5] La valeur de la bauxite et de l’alumine exportée en 2003 était de 437,4 millions de dollars. 

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