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L’âme africaine

Mardi 9 septembre 2008

L’Afrique est terre de contrastes. Ses climats sont multiples, ses paysages tous uniques, et sa population si éclatante de différences. Ces diversités prennent toutes leur signification dans l’extraordinaire richesse de son art et de sa culture. L’art africain est séculaire et ni la colonisation, ni l’indépendance ne l’ont desservi. Aujourd’hui, cet art ne se résume pas aux masques et autres statuettes que les touristes s’arrachent à des prix exorbitants le long de leurs excursions. Non, l’art africain, c’est avant tout une vie culturelle quotidienne de plus en plus active. Expositions, musées, mais aussi théâtre et concerts se créent dans tout le continent. A cela, le sport s’ajoute et s’affirme comme l’un des passe-temps favori des africains, du moins quand il s’agit de le regarder au stade ou devant la télévision. 

 

Les musées africains n’ont pas le faste des européens et se concentrent souvent sur l’histoire et l’art local. Pour les africains, les musées ont très longtemps été l’affaire des blancs et des touristes. C’est la raison pour laquelle des plans de sauvegardes et de sensibilisation ont été mis en place dernièrement. L’ancien président malien Alpha Oumar Konaré, premier Africain à présider le Conseil international des musées, déclarait dès 1991 qu’«il était temps, grand temps de tuer le modèle occidental de musée en Afrique». L’urgence a été donc de chercher à rapprocher les musées des populations et de leurs intérêts. La nature même des expositions a évolué vers une interactivité où les visiteurs sont eux même exposants en remplaçant les vieux objets poussiéreux des vitrines par d’autres plus symboliques qu’ils possèdent, comme des photos ou des objets issus de l’art artisanal. La poterie a servi de modèle à cette nouvelle façon de vivre les musées. A travers le Projet d’éducation par le musée en Afrique, mis en œuvre dans le cadre du projet spécial de l’UNESCO, « Programmes d’éducation populaire dans les musées d’Afrique de l’Ouest », il a été crée en 2001 une exposition de poteries dans la province de Gaoua au Burkina Faso. L’importance de la poterie dans cette région a conduit les responsables du projet à se rapprocher des communautés locales. L’objectif de ce projet pilote était de pouvoir le transposer à d’autres pays et à créer des liens entre les musées et ses populations. En plus de ces liens, ces manifestations doivent permettre de faire découvrir leur propre patrimoine aux africains et leur aider à prendre conscience qu’ils sont à la fois ses gardiens et ses artisans. Pour faciliter son exportation, le projet a crée un kit détaillant chaque étape de l’exposition dans lequel on trouve photos, dessins et autres vidéos. 

 

Dans les grandes villes, souvent les capitales, de véritables musées existent depuis des années. Reliques des époques coloniales et précoloniales y côtoient des masques sacrés et d’autres objets ethniques. Là encore, ces lieux de culture sont boudés par les populations locales. Les écoles y font encore quelques apparitions pour y emmener leurs classes et ainsi tenter de donner l’habitude aux plus jeunes de les fréquenter. 

 

La culture africaine contemporaine vit et s’exporte bien. Les musées d’art africain se multiplient que ce soit en Europe ou en Amérique du Nord. Mais plus que les musées, ce sont les arts modernes qui séduisent le plus grand nombre, à commencer par les africains eux-mêmes. La musique, et plus particulièrement les chanteurs sont de vraies stars. En Afrique francophone, Youssou N’Dour au Sénégal, Tiken Jah Fakoly en Côte d’Ivoire ou encore Salif Keita au Mali remplissent des stades lors de leurs concerts. En Europe, ils jouissent aussi d’une popularité grandissante et pas seulement de la part de la diaspora. Le marché du disque et sa crise, ces stars la vivent d’une manière différente.
Il faut dire que pour ces chanteurs, les réseaux de vente parallèles fonctionnent bien. Pour eux, la France, représente un marché non négligeable. A Paris, il existe deux réseaux : le traditionnel, représenté par les grandes enseignes comme la FNAC, et celui que l’on appelle le réseau ghetto, matérialisé par des commerces de petites tailles situés dans les quartiers « africains » de la capitale. I
ci, ce sont les artistes congolais tels que Koffi Olomidé, JB Mpiana ou Werrason qui ont la cote depuis plusieurs années. Leurs ventes atteignent régulièrement les 10.000 unités. Derrière ces trois ténors du ndombolo, on retrouve parmi les meilleures ventes, le zouglou ivoirien ou encore la musique mandingue. 

 

Les manques de financement et d’initiative concernant l’art et la culture ont longtemps été mis en lumière en Afrique, notamment en ce qui concerne le cinéma. Aujourd’hui pourtant, il existe un endroit en Afrique où se produisent près de 2500 films par an à des budgets souvent dérisoires. Cet endroit, c’est Nollywood au Nigéria. Le cinéma du pays et en plein développement depuis quelques années et affiche fièrement sa troisième place de producteur le plus prolixe après Hollywood et Bollywood. Très peu, voire quasiment aucun de ces films ne sortiront dans les salles obscures, qui de toute façon ne font pas légion sur le continent. Non, ici, le créneau c’est la vidéo car près de 70% des nigérians possèdent un magnétoscope. Cette industrie, en plus de redonner vie à une culture cinématographique famélique, emploie plus de 300.000 personnes et génère plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires chaque année. Les coûts de production sont insignifiants au regard des autres pays. La minute de film ne coûte en moyenne que 222 euros soit 50 fois moins que pour un film réalisé au Burkina Faso. A Nollywood, un film se tourne en deux semaines et se retrouve dans les boutiques du monde entier en autant de temps. Longtemps axés sur l’ultra violence, les films misent dorénavant sur les problèmes de société que traverse le pays mais aussi sur les comédies romantiques.  

 

Cet exemple de Nollywood démontre une fois de plus que tout semble possible en Afrique, à partir du moment où la volonté d’entreprendre existe.
Ce dynamisme s’est vu récompensé en mai 2004.
Ce mois est à marquer d’une pierre blanche. Pour la première fois, on allait confier l’organisation d’un événement de dimension mondiale en Afrique. Cet événement, c’est la coupe du monde de football, prévue en 2010 en Afrique du Sud. Il était établi depuis quelques années que le continent l’organiserait, et la candidature sud-africaine l’a finalement et logiquement emporté par 14 voix contre 10 pour le Maroc. L’Egypte, la Tunisie et la Libye, autres prétendants, n’obtenant aucun suffrage. Cette annonce a ravi un continent qui ne respire que football. Au plus haut niveau, aucun pays africains n’a dépassé les stades des quarts de finale, les seuls à avoir atteint ce niveau sont le Sénégal et le Cameroun. Les coupes d’Afrique des Nations qui se tiennent tous les deux ans sont toujours suivies d’une ferveur sans précédent dans les pays participants. Plus qu’une grande fête populaire, c’est surtout un moyen pour les pays organisateurs d’engranger des revenus intéressants. En 2004, la Tunisie a ainsi récolté 4,3 milliards de dinars
[1] de revenus bruts. Pour l’Afrique du Sud, on estime que la Coupe du Monde
drainera environ 21,3 milliards de rands[2] dans l’économie sud-africaine, générant une estimation de 12,7 milliards de rands[3] en dépenses directes et créant environ 159.000 nouveaux emplois. 

Le secteur touristique du pays tirera parti des trois millions de visiteurs estimés attendus lors du tournoi, pendant que les sociétés de construction et d’ingénierie chercheront à avoir une part du gâteau de plusieurs milliards qui sera dépensé dans les infrastructures dont la construction précèdera l’événement. 

 

Cependant, les avantages indirects d’une meilleure image à l’étranger pourraient avoir un impact encore plus grand sur l’économie. « Il y aura une injection directe dans l’économie », a déclaré Goolam Ballim, économiste de la Standard Bank, après l’annonce de la FIFA du pays d’accueil pour 2010. « Mais l’impact indirect sera encore plus significatif (…), cela aidera à changer la perception que beaucoup d’investisseurs étrangers ont de l’Afrique et de l’Afrique du Sud. » 

Dans son Discours à la Nation de 2006, le président Thabo Mbeki a déclaré que la Coupe du Monde sera une contribution énorme, non seulement pour la croissance socio-économique de l’Afrique du Sud, mais aussi pour le développement de la totalité du continent. 

 

Si l’Afrique semble avoir obtenu la confiance des instances sportives internationales pour ce qui est de l’organisation de manifestations majeures, il en est une que l’on n’est pas prêt de voir sur le continent avant des décennies, ce sont les Jeux Olympiques. Le cahier des charges si dense imposé par le CIO ne paraît pas en adéquation avec les réalités africaines d’aujourd’hui.
Si les Jeux ne viennent pas à l’Afrique, les africains continueront d’aller aux Jeux et d’obtenir des
résultats plus positifs à chaque olympiade.
En 2004 à Athènes, l’ensemble des pays africains avait obtenu 35 médailles dont neuf en or, un bilan en demi-teinte. A Pékin en 2008, le bilan est bien meilleur. Avec treize nations médaillées contre neuf en 2004, l’Afrique a récolté 40 médailles dont douze en or. La palme revenant au pays des hauts plateaux, le Kenya qui devance pour la première fois depuis Barcelone en 1992 l’Ethiopie. Mais c’est surtout les premières médailles olympiques de l’histoire du Togo en kayak, de Maurice en boxe, ou du Soudan au 800 mètres qui ont ravi les foules. A ce jour, 24 pays du continent ont déjà goûté aux joies des podiums olympiques. A l’inverse de ses beaux succès, des nations comme l’Afrique du Sud ont déçu. Certainement déjà tournée vers sa coupe du monde, la nation arc-en-ciel n’a rapporté qu’une médaille d’argent de Chine, contre six quatre ans plus tôt. 

Le sport est roi en Afrique. Malgré des installations pas toujours très modernes, ce qui fait encore de l’athlétisme le premier pourvoyeur de médailles, les africains s’intéressent de plus en plus aux autres sports et les résultats commencent à arriver. 

 

 

 

Dans un continent encore en proie à de grands doutes, l’art, la culture et le sport forment un ensemble moderne d’évasion pour les populations. Mais plus que cela, c’est devenu aujourd’hui un secteur à véritable potentiel économique, et un vecteur non négligeable du développement africain. 

 

 

 




[1] 2,4 milliards d’euros 

[2] 1,8 milliard d’euros 

[3] 1,1 milliard d’euros