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Un secteur en pleine expansion

Mardi 9 septembre 2008

En 1994, un rapport de l’institut DIAL[1] dressait un bilan du secteur bancaire africain avec pour accroche :
 « 
Les banques en Afrique sont relativement peu actives dans le financement de l’économie. » En 2008, il semblerait que la situation ait littéralement changé. Plus que jamais, le secteur bancaire est en pleine expansion en Afrique et les opportunités d’investissement sont nombreuses. Cependant, les nouvelles réglementations nationales et la progressive adaptation aux normes internationales soumettent les banques à des enjeux importants. Ces enjeux sont à même de porter ce secteur vers une rentabilité encore plus grande et de lui conférer un rôle de tout premier ordre. Pour cela, les entreprises du secteur bancaire doivent évoluer rapidement, aussi bien dans leurs infrastructures que dans leur approche du marché. 

Le secteur bancaire africain est en mutation totale et les banques africaines sont à présent un levier pour le développement africain. Leur mission consiste à devenir des instruments et institutions financières capables de jouer leur véritable rôle dans le développement du continent. Les signes du renouveau sont déjà appréciables du fait de ce que les économies africaines ont connu, ces dernières années, d’importantes réformes financières, dont la libéralisation des marchés. Les États ont accepté de réduire le rôle habituellement bloquant qu’ils exerçaient sur les milieux financiers. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Ouest, la BCEAO[2], renforcée par la création de la Commission bancaire, a pu mettre en place des politiques de relance des économies et restructurer le secteur bancaire. Des réformes de régulation sont en cours parmi lesquelles une réduction du contrôle des changes, une convertibilité régionale et une élimination progressive des obstacles à la libre circulation des capitaux.Ce climat favorable explique la réussite des consolidations bancaires intervenues dans certains pays du continent, notamment au Nigeria où des fusions et acquisitions ont fait naître, à partir de 2005, de grandes banques. Assainies et renforcées sur leurs bases financières et réglementaires, les banques seront mieux à même de répondre aux impératifs de développement de l’Afrique. Des facteurs extérieurs ont aussi joué un rôle déterminant dans la transformation du secteur bancaire. Comme les progrès technologiques qui sont des facilitateurs de premier ordre qui ont permis la suppression des barrières que sont les frontières. Ils offrent aussi des produits et services modernes tels que les cartes et les distributeurs bancaires. L’accroissement rapide des flux financiers extérieurs vers le continent et l’arrivée des investisseurs ont également donné un coup de fouet à l’industrie bancaire. De nombreux investisseurs misent sur l’Afrique qu’ils considèrent maintenant plus attractive que les marchés développés où les taux d’intérêt baissent tandis que les investisseurs asiatiques sont attirés par ses ressources naturelles, minéralières et énergétiques. Tous ont compris qu’il est temps de se positionner sur ce marché porteur.

Par ailleurs, dans le contexte de croissance économique que connaît le continent, les politiques de réformes économiques et la hausse des prix des matières premières ont eu pour effet de réduire les peurs qu’y suscitaient, dans le passé, les projets de libéralisation du secteur bancaire. De plus l’émergence d’une classe moyenne, plus particulièrement dans les deux plus grands pays d’Afrique au sud du Sahara, le Nigeria et l’Afrique du Sud, a créé une demande encore plus forte pour un secteur bancaire performant. Si elles veulent consolider leur nouveau statut de leviers du développement, les banques africaines se doivent absolument de poursuivre le rythme de leur transformation vertueuse. Car aujourd’hui, elle n’en est qu’à ses débuts. 

Depuis plus de dix ans, à grand coups de privatisations et de nouvelles réglementations, le secteur bancaire africain a été fortement restructuré et assaini. Dans ce contexte, les banques sont devenues des établissements suffisamment rentables pour attirer à nouveau les grands groupes occidentaux comme BNP-Paribas, le Crédit Lyonnais (LCL) et la Société générale, pour ne citer que les français. Seule l’Afrique du Nord présente encore quelques résistances, la libéralisation du secteur y étant moins rapide qu’au sud du Sahara, essentiellement pour des raisons de blocages politiques. Ce qui n’empêche pas les banques françaises de se placer, dans l’attente d’une réelle ouverture des marchés. En Algérie, BNP-Paribas a installé dans la capitale une première filiale opérationnelle en 2002, alors que les autres banques françaises se sont souvent contentées de bureaux de représentation.
C’est donc sur l’Afrique subsaharienne que les perspectives sont les plus prometteuses pour les banques commerciales, à commencer par les groupes français, historiquement et structurellement bien en place sur le continent, principalement sur la zone franc. Il faut dire que leur présence en Afrique remonte au moins à quarante ans, et qu’ils ont eu tout le loisir de développer une relation forte avec le continent.
Cette présence déjà ancienne a permis aux professionnels français de prendre pleinement la mesure de l’évolution du secteur bancaire africain. Au LCL, on constate que le système fonctionne beaucoup mieux qu’il y a encore une quinzaine d’années, et on se félicite que les privatisations aient permis de remettre le secteur entre les mains de professionnels. Les arrivées conjuguées d’opérateurs internationaux dans le capital des banques africaines et l’émergence des commissions de contrôle des Banques centrales ont permis de restructurer le système et de lui fournir les moyens financiers nécessaires pour soutenir le développement économique des pays. Mais pour réellement avoir un effet structurant, encore faut-il toucher une part importante de la population et du tissu économique privé local. Le fond du problème est bien là. Les marchés demeurent encore très réduits et le taux de bancarisation sur le continent varie, selon les estimations, entre 3 % et 5 %, contre 95 % à 100 % en Europe. Le challenge à venir, pour les professionnels, consiste donc à inciter les ménages et entreprises à utiliser les services d’une banque commerciale.
Le continent est dans une telle situation de sous-bancarisation en matière de clientèle privée que la marge de progression est énorme. La part réalisée en Afrique par les trois grandes banques françaises ne représente encore aujourd’hui qu’une portion infime de leurs chiffres d’affaires globaux respectifs. Mais la tendance semble leur est très favorable. Chaque année la Société générale, pour ne citer qu’elle, enregistre une croissance exponentielle du nombre d’ouvertures de comptes. En termes d’activité, les réseaux français revendiquent un statut de banque universelle, dans le sens où chaque enseigne propose un éventail de produits divers et variés, tant à destination des particuliers que des entreprises locales et étrangères. Collecte de ressources financières, prêts personnels, crédits immobiliers ou à la consommation, aides à l’investissement…, forment une gamme d